Mysterious Island         Shipwrecked in the Air         Abandoned         Secret of the Island          

 

 

   PART II

 

   CHAPTER 23

 

   CHAPTER 24

 

   CHAPTER 25

 

   CHAPTER 26

 

   CHAPTER 27

 

   CHAPTER 28

 

   CHAPTER 29

   CHAPTER 30

 

   CHAPTER 31

 

   CHAPTER 32

 

   CHAPTER 33

 

   CHAPTER 34

 

   CHAPTER 35

 

   CHAPTER 36

 

   CHAPTER 37

 

   CHAPTER 38

 

   CHAPTER 39

 

   CHAPTER 40

 

   CHAPTER 41

 

   CHAPTER 42

 

CHAPITRE 30

La première semaine de janvier fut consacrée à la confection du linge nécessaire à la colonie. Les aiguilles trouvées dans la caisse fonctionnèrent entre des doigts vigoureux, sinon délicats, et on peut affirmer que ce qui fut cousu le fut solidement.

Le fil ne manqua pas, grâce à l’idée qu’eut Cyrus Smith de réemployer celui qui avait déjà servi à la couture des bandes de l’aérostat. Ces longues bandes furent décousues avec une patience admirable par Gédéon Spilett et Harbert.

Les toiles qui composaient l’enveloppe de l’aérostat furent ensuite dégraissées au moyen de soude et de potasse obtenues par incinération de plantes, de telle sorte que le coton, débarrassé du vernis, reprit sa souplesse et son élasticité naturelles ; puis, soumis à l’action décolorante de l’atmosphère, il acquit une blancheur parfaite.

Quelques douzaines de chemises et de chaussettes – celles-ci non tricotées, bien entendu, mais faites de toiles cousues – furent ainsi préparées. Quelle jouissance ce fut pour les colons de revêtir enfin du linge blanc – linge très rude sans doute, mais ils n’en étaient pas à s’inquiéter de si peu – et de se coucher entre des draps, qui firent des couchettes de Granite-House des lits tout à fait sérieux.

Ce fut aussi vers cette époque que l’on confectionna des chaussures en cuir de phoque, qui vinrent remplacer à propos les souliers et les bottes apportés d’Amérique. On peut affirmer que ces nouvelles chaussures furent larges et longues et ne gênèrent jamais le pied des marcheurs !

Avec le début de l’année 1866, les chaleurs furent persistantes, mais la chasse sous bois ne chôma point. Agoutis, pécaris, cabiais, kangourous, gibiers de poil et de plume fourmillaient véritablement, et Gédéon Spilett et Harbert étaient trop bons tireurs pour perdre désormais un seul coup de fusil.

Cyrus Smith leur recommandait toujours de ménager les munitions, et il prit des mesures pour remplacer la poudre et le plomb qui avaient été trouvés dans la caisse, et qu’il voulait réserver pour l’avenir.
 

Pour remplacer le plomb, dont Cyrus Smith n’avait rencontré aucune trace dans l’île, il employa sans trop de désavantage de la grenaille de fer, qui était facile à fabriquer. Ces grains n’ayant pas la pesanteur des grains de plomb, il dut les faire plus gros, et chaque charge en contint moins, mais l’adresse des chasseurs suppléa à ce défaut.

Quant à la poudre, Cyrus Smith aurait pu en faire, car il avait à sa disposition du salpêtre, du soufre et du charbon ; mais cette préparation demande des soins extrêmes, et, sans un outillage spécial, il est difficile de la produire en bonne qualité.

Cyrus Smith préféra donc fabriquer du pyroxyle, c’est-à-dire du fulmi-coton, substance dans laquelle le coton n’est pas indispensable, car il n’y entre que comme cellulose. Or, la cellulose n’est autre chose que le tissu élémentaire des végétaux, et elle se trouve à peu près à l’état de pureté, non seulement dans le coton, mais dans les fibres textiles du chanvre et du lin, dans le papier, le vieux linge, la moelle de sureau, etc. Or, précisément, les sureaux abondaient dans l’île, vers l’embouchure du Creek-Rouge, et les colons employaient déjà en guise de café les baies de ces arbrisseaux.

Il résolut donc de fabriquer et d’employer du pyroxyle, tout en lui reconnaissant d’assez graves inconvénients, c’est-à-dire une grande inégalité d’effet, une excessive inflammabilité, puisqu’il s’enflamme à cent soixante-dix degrés au lieu de deux cent quarante, et enfin une déflagration trop instantanée qui peut dégrader les armes à feu.

En revanche, les avantages du pyroxyle consistaient en ceci, qu’il ne s’altérait pas par l’humidité, qu’il n’encrassait pas le canon des fusils, et que sa force propulsive était quadruple de celle de la poudre ordinaire.

Vers cette époque, les colons défrichèrent trois acres du plateau de Grande-vue, et le reste fut conservé à l’état de prairies pour l’entretien des onaggas. Plusieurs excursions furent faites dans les forêts du Jacamar et du Far-West, et l’on rapporta une véritable récolte de végétaux sauvages, épinards, cresson, raifort, raves, qu’une culture intelligente devait bientôt modifier, et qui allaient tempérer le régime d’alimentation azotée auquel avaient été jusque-là soumis les colons de l’île Lincoln. On véhicula également de notables quantités de bois et de charbon. Chaque excursion était, en même temps, un moyen d’améliorer les routes, dont la chaussée se tassait peu à peu sous les roues du chariot.

La garenne fournissait toujours son contingent de lapins aux offices de Granite-House. Comme elle était située un peu au dehors du point où s’annonçait le Creek-Glycérine, ses hôtes ne pouvaient pénétrer sur le plateau réservé, ni ravager, par conséquent, les plantations nouvellement faites.

Quant à l’huîtrière, disposée au milieu des rocs de la plage et dont les produits étaient fréquemment renouvelés, elle donnait quotidiennement d’excellents mollusques. En outre, la pêche, soit dans les eaux du lac, soit dans le courant de la Mercy, ne tarda pas à être fructueuse, car Pencroff avait installé des lignes de fond, armées d’hameçons de fer, auxquels se prenaient fréquemment de belles truites et certains poissons, extrêmement savoureux, dont les flancs argentés étaient semés de petites taches jaunâtres. Aussi maître Nab, chargé des soins culinaires, pouvait-il varier agréablement le menu de chaque repas. Seul, le pain manquait encore à la table des colons, et, on l’a dit, c’était une privation à laquelle ils étaient vraiment sensibles.

On fit aussi, vers cette époque, la chasse aux tortues marines, qui fréquentaient les plages du cap Mandibule. En cet endroit, la grève était hérissée de petites boursouflures, renfermant des œufs parfaitement sphériques, à coque blanche et dure, et dont l’albumine a la propriété de ne point se coaguler comme celle des œufs d’oiseaux. C’était le soleil qui se chargeait de les faire éclore, et leur nombre était naturellement très considérable, puisque chaque tortue peut en pondre annuellement jusqu’à deux cent cinquante.

« Un véritable champ d’œufs, fit observer Gédéon Spilett, et il n’y a qu’à les récolter. »

Mais on ne se contenta pas des produits, on fit aussi la chasse aux producteurs, chasse qui permit de rapporter à Granite-House une douzaine de ces chéloniens, véritablement très estimables au point de vue alimentaire. Le bouillon de tortue, relevé d’herbes aromatiques et agrémenté de quelques crucifères, attira souvent des éloges mérités à maître Nab, son préparateur.

Il faut encore citer ici une circonstance heureuse, qui permit de faire de nouvelles réserves pour l’hiver. Des saumons vinrent par bandes s’aventurer dans la Mercy et en remontèrent le cours pendant plusieurs milles. C’était l’époque à laquelle les femelles, allant rechercher des endroits convenables pour frayer, précédaient les mâles et faisaient grand bruit à travers les eaux douces. Un millier de ces poissons, qui mesuraient jusqu’à deux pieds et demi de longueur, s’engouffra ainsi dans la rivière, et il suffit d’établir quelques barrages pour en retenir une grande quantité. On en prit ainsi plusieurs centaines, qui furent salés et mis en réserve pour le temps où l’hiver, glaçant les cours d’eau, rendrait toute pêche impraticable.

Ce fut à cette époque que le très intelligent Jup fut élevé aux fonctions de valet de chambre. Il avait été vêtu d’une jaquette, d’une culotte courte en toile blanche et d’un tablier dont les poches faisaient son bonheur, car il y fourrait ses mains et ne souffrait pas qu’on vînt y fouiller. L’adroit orang avait été merveilleusement stylé par Nab, et on eût dit que le nègre et le singe se comprenaient quand ils causaient ensemble. Jup avait, d’ailleurs, pour Nab une sympathie réelle, et Nab la lui rendait. À moins qu’on n’eût besoin de ses services, soit pour charrier du bois, soit pour grimper à la cime de quelque arbre, Jup passait la plus grande partie de son temps à la cuisine et cherchait à imiter Nab en tout ce qu’il lui voyait faire. Le maître montrait, d’ailleurs, une patience et même un zèle extrême à instruire son élève, et l’élève déployait une intelligence remarquable à profiter des leçons que lui donnait son maître.

Qu’on juge donc de la satisfaction que procura un jour maître Jup aux convives de Granite-House, quand, la serviette sur le bras, il vint, sans qu’ils en eussent été prévenus, les servir à table. Adroit, attentif, il s’acquitta de son service avec une adresse parfaite, changeant les assiettes, apportant les plats, versant à boire, le tout avec un sérieux qui amusa au dernier point les colons et dont s’enthousiasma Pencroff.

« Jup, du potage ! – Jup, un peu d’agouti ! – Jup, une assiette ! – Jup ! Brave Jup ! Honnête Jup ! »

On n’entendait que cela, et Jup, sans se déconcerter jamais, répondait à tout, veillait à tout, et il hocha sa tête intelligente, quand Pencroff, refaisant sa plaisanterie du premier jour, lui dit :

« Décidément, Jup, il faudra vous doubler vos gages ! »

Inutile de dire que l’orang était alors absolument acclimaté à Granite-House, et qu’il accompagnait souvent ses maîtres dans la forêt, sans jamais manifester aucune envie de s’enfuir. Il fallait le voir, alors, marcher de la façon la plus amusante, avec une canne que Pencroff lui avait faite et qu’il portait sur son épaule comme un fusil ! Si l’on avait besoin de cueillir quelque fruit à la cime d’un arbre, qu’il était vite en haut ! Si la roue du chariot venait à s’embourber, avec quelle vigueur Jup, d’un seul coup d’épaule, la remettait en bon chemin !

Ce fut vers la fin de janvier que les colons entreprirent de grands travaux dans la partie centrale de l’île. Il avait été décidé que, vers les sources du Creek-Rouge, au pied du mont Franklin, serait fondé un corral, destiné à contenir les ruminants, dont la présence eût été gênante à Granite-House, et plus particulièrement ces mouflons, qui devaient fournir la laine destinée à la confection des vêtements d’hiver.

Chaque matin, la colonie, quelquefois tout entière, le plus souvent représentée seulement par Cyrus Smith, Harbert et Pencroff, se rendait aux sources du creek, et, les onaggas aidant, ce n’était plus qu’une promenade de cinq milles, sous un dôme de verdure, par cette route nouvellement tracée, qui prit le nom de « route du Corral. »

Là, un vaste emplacement avait été choisi, au revers même de la croupe méridionale de la montagne. C’était une prairie, plantée de bouquets d’arbres, située au pied même d’un contrefort qui la fermait sur un côté. Un petit rio, né sur ses pentes, après l’avoir arrosée diagonalement, allait se perdre dans le Creek-Rouge.

L’herbe était fraîche, et les arbres qui croissaient çà et là permettaient à l’air de circuler librement à sa surface. Il suffisait donc d’entourer ladite prairie d’une palissade disposée circulairement, qui viendrait s’appuyer à chaque extrémité sur le contrefort, et assez élevée pour que des animaux, même les plus agiles, ne pussent la franchir. Cette enceinte pourrait contenir, en même temps qu’une centaine d’animaux à cornes, mouflons ou chèvres sauvages, les petits qui viendraient à naître par la suite.

Le périmètre du corral fut donc tracé par l’ingénieur, et on dut procéder à l’abattage des arbres nécessaires à la construction de la palissade ; mais, comme le percement de la route avait déjà nécessité le sacrifice d’un certain nombre de troncs, on les charria, et ils fournirent une centaine de pieux, qui furent solidement implantés dans le sol. À la partie antérieure de la palissade, une entrée assez large fut ménagée et fermée par une porte à deux battants faits de forts madriers, que devaient consolider des barres extérieures.

La construction de ce corral ne demanda pas moins de trois semaines, car, outre les travaux de palissade, Cyrus Smith éleva de vastes hangars en planches, sous lesquels les ruminants pourraient se réfugier. D’ailleurs, il avait été nécessaire d’établir ces constructions avec une extrême solidité, car les mouflons sont de robustes animaux, et leurs premières violences étaient à craindre. Les pieux, pointus à leur extrémité supérieure, qui fut durcie au feu, avaient été rendus solidaires au moyen de traverses boulonnées, et, de distance en distance, des étais assuraient la solidité de l’ensemble.

Le corral terminé, il s’agissait d’opérer une grande battue au pied du mont Franklin, au milieu des pâturages fréquentés par les ruminants. Cette opération se fit le 7 février, par une belle journée d’été, et tout le monde y prit part. Les deux onaggas, assez bien dressés déjà et montés par Gédéon Spilett et Harbert, rendirent de grands services dans cette circonstance.


La manœuvre consistait uniquement à rabattre les mouflons et les chèvres, en resserrant peu à peu le cercle de battue autour d’eux. Aussi Cyrus Smith, Pencroff, Nab, Jup se postèrent-ils en divers points du bois, tandis que les deux cavaliers et Top galopaient dans un rayon d’un demi-mille autour du corral.

Les mouflons étaient nombreux dans cette portion de l’île. Ces beaux animaux, grands comme des daims, les cornes plus fortes que celles du bélier, la toison grisâtre et mêlée de longs poils, ressemblaient à des argalis.

Elle fut fatigante, cette journée de chasse ! que d’allées et venues, que de courses et contre-courses, que de cris proférés ! Sur une centaine de mouflons qui furent rabattus, plus des deux tiers échappèrent aux rabatteurs ; mais, en fin de compte, une trentaine de ces ruminants et une dizaine de chèvres sauvages, peu à peu repoussés vers le corral, dont la porte ouverte semblait leur offrir une issue, s’y jetèrent et purent être emprisonnés. En somme, le résultat fut satisfaisant, et les colons n’eurent pas à se plaindre. La plupart de ces mouflons étaient des femelles, dont quelques-unes ne devaient pas tarder à mettre bas. Il était donc certain que le troupeau prospérerait, et que non seulement la laine, mais aussi les peaux abonderaient dans un temps peu éloigné.

Ce soir-là, les chasseurs revinrent exténués à Granite-House. Cependant, le lendemain, ils n’en retournèrent pas moins visiter le corral. Les prisonniers avaient bien essayé de renverser la palissade, mais ils n’y avaient point réussi, et ils ne tardèrent pas à se tenir plus tranquilles.

Pendant ce mois de février, il ne se passa aucun événement de quelque importance. Les travaux quotidiens se poursuivirent avec méthode, et, en même temps qu’on améliorait les routes du corral et du port Ballon, une troisième fut commencée, qui, partant de l’enclos, se dirigea vers la côte occidentale. La portion encore inconnue de l’île Lincoln était toujours celle de ces grands bois qui couvraient la presqu’île Serpentine, où se réfugiaient les fauves, dont Gédéon Spilett comptait bien purger son domaine.

Avant que la froide saison reparût, les soins les plus assidus furent donnés également à la culture des plantes sauvages qui avaient été transplantées de la forêt sur le plateau de Grande-vue. Harbert ne revenait guère d’une excursion sans rapporter quelques végétaux utiles. Un jour, c’étaient des échantillons de la tribu des chicoracées, dont la graine même pouvait fournir par la pression une huile excellente ; un autre, c’était une oseille commune, dont les propriétés anti-scorbutiques n’étaient point à dédaigner ; puis, quelques-uns de ces précieux tubercules qui ont été cultivés de tout temps dans l’Amérique méridionale, ces pommes de terre, dont on compte aujourd’hui plus de deux cents espèces.

Le potager, maintenant bien entretenu, bien arrosé, bien défendu contre les oiseaux, était divisé en petits carrés, où poussaient laitues, vitelottes, oseille, raves, raifort et autres crucifères. La terre, sur ce plateau, était prodigieusement féconde, et l’on pouvait espérer que les récoltes y seraient abondantes.

Les boissons variées ne manquaient pas non plus, et, à la condition de ne pas exiger de vin, les plus difficiles ne devaient pas se plaindre. Au thé d’Oswego fourni par les monardes didymes, et à la liqueur fermentée extraite des racines du dragonnier, Cyrus Smith avait ajouté une véritable bière ; il la fabriqua avec les jeunes pousses de « l’abies nigra », qui, après avoir bouilli et fermenté, donnèrent cette boisson agréable et particulièrement hygiénique que les anglo-américains nomment « spring-berr », c’est-à-dire bière de sapin.

Vers la fin de l’été, la basse-cour possédait un beau couple d’outardes, qui appartenaient à l’espèce « houbara », caractérisée par une sorte de mantelet de plumes, une douzaine de souchets, dont la mandibule supérieure était prolongée de chaque côté par un appendice membraneux, et de magnifiques coqs, noirs de crête, de caroncule et d’épiderme, semblables aux coqs de Mozambique, qui se pavanaient sur la rive du lac.

Ainsi donc, tout réussissait, grâce à l’activité de ces hommes courageux et intelligents. Après ces chaudes journées d’été, le soir, quand les travaux étaient terminés, au moment où se levait la brise de mer, ils aimaient à s’asseoir sur la lisière du plateau de Grande-vue, sous une sorte de véranda couverte de plantes grimpantes, que Nab avait élevée de ses propres mains. Là, ils causaient, ils s’instruisaient les uns les autres, ils faisaient des plans.

On parlait aussi du pays, de la chère et grande Amérique. Où en était cette guerre de sécession ? Elle n’avait évidemment pu se prolonger ! Richmond était promptement tombée, sans doute, aux mains du général Grant ! La prise de la capitale des confédérés avait dû être le dernier acte de cette funeste lutte ! Maintenant, le nord avait triomphé pour la bonne cause. Ah ! Qu’un journal eût été le bienvenu pour les exilés de l’île Lincoln !

Voilà onze mois que toute communication entre eux et le reste des humains avait été interrompue, et, avant peu, le 24 mars, arrivait l’anniversaire de ce jour où le ballon les jeta sur cette côte inconnue ! Ils n’étaient alors que des naufragés, ne sachant pas même s’ils pourraient disputer aux éléments leur misérable vie ! Et maintenant, grâce au savoir de leur chef, grâce à leur propre intelligence, c’étaient de véritables colons, munis d’armes, d’outils, d’instruments, qui avaient su transformer à leur profit les animaux, les plantes et les minéraux de l’île, c’est-à-dire les trois règnes de la nature !

Quant à Cyrus Smith, la plupart du temps silencieux, il écoutait ses compagnons plus souvent qu’il ne parlait. Parfois, il souriait à quelque réflexion d’Harbert, à quelque boutade de Pencroff, mais, toujours et partout, il songeait à ces faits inexplicables, à cette étrange énigme dont le secret lui échappait encore !

CHAPTER 30

The first week In January was devoted to making clothing. The needles found in the box were plied by strong, if not supple fingers, and what was sewed, was solidly sewed.



Thread was plenty, as Cyrus Smith had thought of using again that with which the strips of the balloon had been fastened together. These long bands bad been carefully removed by Gideon Spilett and Herbert with commendable patience.

The varnish was then removed from the cloth by means of soda procured as before, and the cloth was afterwards bleached in the sun.



 Some dozens of shirts and socks—the latter, of course, not knitted, but made of sewed strips—were thus made. How happy it made the colonists to be clothed again in white linen—linen coarse enough, it is true, but they did not mind that—and to lie between sheets, which transformed the banks of Granite House into real beds!


 About this time they also made boots from seal leather, which were a timely substitute for those brought from America. They were long and wide enough, and never pinched the feet of the pedestrians.


In the beginning of the year 1866, the hot weather was incessant, but the hunting in the woods, which fairly swarmed with birds and beasts, continued; and Spilett and Herbert were too good shots to waste powder.



Cyrus Smith had recommended them to save their ammunition, and that they might keep it for future use the engineer took measures to replace it by substances easily renewable.

As Cyrus Smith had not discovered any lead in the island he substituted iron shot, which were easily made. As they were not so heavy as leaden ones they had to be made larger, and the charges contained a less number, but the skill of the hunters counterbalanced this defect.


 Powder he could have made, since he had all the necessary ingredients, but  its preparation requires extreme care and without special apparatus it is difficult to make it in good quality.


Cyrus Smith proposed to manufacture pyroxyline, a kind of gun-cotton, a substance in which cotton is not necessary, except as cellulose. Now cellulose is simply the elementary tissue of vegetables, and is found in almost a pure state not only in cotton, but also in the textile fibers of hemp and flax, in paper and old rags, the pith of the elder, etc. And it happened that elder trees abounded in the island towards the mouth of Red Creek:—the colonists had already used its shoots and berries in place of coffee.


The engineer, therefore, resolved to make and use this combustible, although he was aware that it had certain serious inconveniences, such as inflaming at 170° instead of 240°, and a too instantaneous deflagration for firearms.



On the other hand, pyroxyline had these advantages—it was not affected by dampness, it did not foul the gun-barrels, and its explosive force was four times greater than that of gunpowder.

About this time the colonists cleared three acres of Prospect Plateau, leaving the rest as pasture for the onagers. Many excursions were made into Jacamar Wood and the Far West, and they brought back a perfect harvest of wild vegetables, spinach, cresses, charlocks, and radishes, which intelligent culture would greatly change, and which would serve to modify the flesh diet which the colonists had been obliged to put up with. They also hauled large quantities of wood and coal, and each excursion helped improve the roads by grinding down its inequalities under the wheels.


The warren always furnished its contingent of rabbits, and as it was situated behind the Glycerin creek, its occupants could not reach nor damage the new plantations.



 As to the oyster-bed among the coast rocks, it furnished a daily supply of excellent mollusks. Further, fish from the lake and river were abundant, as Pencroff had made set-lines on which they often caught trout and another very savory fish marked with small yellow spots on a silver-colored body. Thus Neb, who had charge of the culinary department, was able to make an agreeable change in the menu of each repast. Bread alone was wanting at the colonists’ table, and they felt this privation exceedingly.



 

Sometimes the little party hunted the sea-turtles, which frequented the coast at Mandible Cape. At this season the beach was covered with little mounds enclosing the round eggs, which were left to the sun to hatch; and as each turtle produces two hundred and fifty eggs annually, their number was very great.




“It is a true egg-field,” observed Gideon Spilett, “and all we have to do is to gather them.”

But they did not content themselves with these products; they hunted also the producers, and took back to Granite House a dozen of these reptiles, which were excellent eating. Turtle soup, seasoned with herbs, and a handful of shell-fish thrown in, gained high praise for its concoctor, Neb.

 

Another fortunate event, which permitted them to make new provision for winter, must be mentioned. Shoals of salmon ascended the Mercy for many miles, in order to spawn. The river was full of these fish, which measured upwards of two feet in length, and it was only necessary to place some barriers in the stream in order to capture a great many. Hundreds were caught in this way, and salted down for winter, when the ice would stop the fishing.





Jup, during this time, was elevated to the position of a domestic. He bad been clothed in a jacket, and short trousers, and an apron with pockets, which were his joy, as he kept his hands in them and allowed no one to search them. The adroit orangutan had been wonderfully trained by Neb, and one would have said they understood each other’s conversation. Jup had, moreover, a real affection for the Negro, which was reciprocated. When the monkey was not wanted to carry wood or to climb to the top of some tree, he was passing his time in the kitchen, seeking to imitate Neb in all that he was doing. The master also showed great patience and zeal in instructing his pupil, and the pupil showed remarkable intelligence in profiting by these lessons.




Great was the satisfaction one day when Master Jup, napkin on arm, came without having been called to wait on the table. Adroit and attentive, he acquitted himself perfectly, changing the plates, bringing the dishes, and pouring the drink, all with a gravity which greatly amused the colonists, and completely overcame Pencroff.


“Jup, some more soup! Jup, a bit more agouti! Jup, another plate! Jup, brave, honest Jup!”

Jup, not in the least disconcerted, responded to every call, looked out for everything, and nodded his head intelligently when the sailor, alluding to his former pleasantry said:—


“Decidedly, Jup, we must double your wages!”

The orangutan had become perfectly accustomed, to Granite House, and often accompanied his masters to the forest without manifesting the least desire to run off. It was laughable to see him march along with a stick of Pencroff’s on his shoulder, like a gun. If any one wanted some fruit gathered from a treetop how quickly be was up there. If the wagon wheels stuck in the mire, with what strength he raised it onto the road again.

Towards the end of January the colonists undertook great work in the interior of the island. It had been decided that they would establish at the foot of Mount Franklin, near the sources of Red Creek, the corral destined to contain the animals whose presence would have been unpleasant near Granite House, and more particularly the moufflons, which were to furnish wool for winter clothing.

Every morning all the colonists, or more often Cyrus Smith, Herbert, and Pencroff, went with the onagers to the site, five miles distant, over what they called Corral Road.




There an extensive area had been chosen opposite the southern slope of the mountain. It was a level plain, having here and there groups of trees, situated at the base of one of the spurs, which closed it in on that side. A small stream, rising close by, crossed it diagonally, and emptied into Red Creek.

The grass was lush, and the position of the trees allowed the air to circulate freely. All that was necessary was to build a palisade around to the mountain spur sufficiently high to keep in the animals. The enclosure would be large enough to contain one hundred cattle, moufflons or wild goats and their young.



The perimeter of the corral was marked out by the engineer, and they all set to work to cut down the trees necessary for the palisade. The road which they had made furnished some hundred trees, which were drawn to the place and set firmly in the ground. At the back part of the palisade they made an entrance, closed by a double gate made from thick plank, which could be firmly fastened on the outside.



The building of this corral took all of three weeks, as, besides the work on the palisades, Cyrus Smith put up large sheds for the animals. These were made of planks, and, indeed, everything had to be made solidly and strong, as moufflons have great strength, and their first resistance was to be feared. The uprights, pointed at the end and charred, had been bolted together, and the strength of the whole had been augmented by placing braces at intervals.




The corral finished, the next thing was to inaugurate a grand hunt at the pasturages, near the foot of Mount Franklin, frequented by the animals. The time chosen was the 7th of February, a lovely summer day, and everybody took part in the affair. The two onagers, already pretty well trained, were mounted by Gideon Spilett and Herbert and did excellent service.

The plan was to drive together the moufflons and goats by gradually narrowing the circle of the chase around them. Cyrus Smith, Pencroff, Neb, and Jup posted themselves in different parts of the wood, while the two horsemen and Top scoured the country for half a mile around the corral.

The moufflons were very numerous in this neighborhood. These handsome animals were as large as deer, with larger horns than those of rams, and a greyish-colored wool, mingled with long hair, like argali.

The hunt, with its going and coming, the racing backwards and forwards, the shouting and hallooing, was fatiguing enough. Out of a hundred animals that were driven together many escaped, but little by little some thirty moufflons and a dozen wild goats were driven within the corral, whose open gate seemed to offer a chance of escape. The result was, therefore, satisfactory; and as many of these moufflons were females with young, it was certain that the herd would prosper, and milk and skins be plenty in the future.




In the evening the hunters returned to Granite House nearly tired out. Nevertheless the next day they went back to look at the corral. The prisoners had tried hard to break down the palisade, but, not succeeding, they had soon become quiet.


Nothing of any importance happened during February. The routine of daily work continued, and while improving the condition of the existing roads, a third, starting from the enclosure, and directed towards the southern coast, was begun. This unknown portion of Lincoln Island was one mass of forest, such as covered Serpentine Peninsula, giving shelter to the beasts from whose presence Spilett proposed to rid their domain.


Before the winter returned careful attention was given to the cultivation of the wild plants which had been transplanted to the plateau, and Herbert seldom returned from an excursion without bringing back some useful vegetable. One day it was a kind of succory, from the seed of which an excellent oil can be pressed; another time, it was the common sorrel, whose anti-scorbutic properties were not to be neglected; and again, it was some of those valuable tubercles which have always been cultivated in South America, those potatoes, of which more than two hundred species are known at present.



The kitchen garden, already well enclosed, well watered, and well defended against the birds, was divided into small beds of lettuce, sorrel, radish, charlock, and other crucifers; and as the soil upon the plateau was of wonderful richness, abundant crops might be anticipated.


Neither were various drinks wanting, and unless requiring wine, the most fastidious could not have complained. To the Oswego tea, made from the mountain mint, and the fermented liquor made from the roots of the dragon-tree, Smith added a genuine beer; this was made from the young shoots of the “abies nigra,” which, after having been boiled and fermented, yielded that agreeable and particularly healthful drink, known to Americans as “spring beer,” that is, spruce beer.


Toward the close of summer the poultry yard received a fine pair of bustards belonging to the species “houbara,” remarkable for a sort of short cloak of feathers and a membranous pouch extending on either side of the upper mandible; also some fine cocks, with black skin, comb, and wattles, like those of Mozambique, which strutted about the lake shore.


Thus the zeal of these intelligent and brave men made every thing prosper. In the evenings, during this warm summer weather, after the day’s work was ended, and when the sea breeze was springing up, the colonists loved to gather together on the edge of Prospect Plateau in an arbor of Neb’s building, covered with climbing plants. There they conversed and instructed each other, and planned for the future.


They talked, too, of their country, dear and grand America. In what condition was the Rebellion? It certainly could not have continued. Richmond had, doubtless, soon fallen into General Grant’s hands. The capture of the Confederate capital was necessarily the last act in that unhappy struggle. By this time the North must have triumphed. How a newspaper would have been welcomed by the colonists of Lincoln Island!

It was eleven months since all communication between them and the rest of the world had been interrupted, and pretty soon, the 24th of March, the anniversary of the day when the balloon had thrown them on this unknown coast, would have arrived. Then they were castaways, struggling with the elements for life. Now thanks to the knowledge of their leader, thanks to their own intelligence, they were true colonists, furnished with arms, tools, instruments, who had turned to their use the animals, vegetables and minerals of the island, the three kingdoms of nature.

As to Cyrus Smith, he listened to the conversation of his companions more often than he spoke himself. Sometimes he smiled at some thought of Herbert’s, or some sally of Pencroff’s, but always and above all other things, he reflected upon those inexplicable events, upon that strange enigma whose secret still escaped him.