Mysterious Island         Shipwrecked in the Air         Abandoned         Secret of the Island          

 

 

   PART III

 

   CHAPTER 43

 

   CHAPTER 44

 

   CHAPTER 45

 

   CHAPTER 46

 

   CHAPTER 47

 

   CHAPTER 48

 

   CHAPTER 49

 

   CHAPTER 50

 

   CHAPTER 51

   CHAPTER 52

 

   CHAPTER 53

 

   CHAPTER 54

 

   CHAPTER 55

 

   CHAPTER 56

 

   CHAPTER 57

 

   CHAPTER 58

 

   CHAPTER 59

 

   CHAPTER 60

 

   CHAPTER 61

 

   CHAPTER 62

 

CHAPITRE 52

Des convicts, des dangers qui menaçaient Granite-House, des ruines dont le plateau était couvert, il ne fut plus question. L’état d’Harbert dominait tout. Le transport lui avait-il été funeste, en provoquant quelque lésion intérieure ? Le reporter ne pouvait le dire, mais ses compagnons et lui étaient désespérés.

Le chariot fut amené au coude de la rivière. Là, quelques branches, disposées en forme de civière, reçurent les matelas sur lesquels reposait Harbert évanoui. Dix minutes après, Cyrus Smith, Gédéon Spilett et Pencroff étaient au pied de la muraille, laissant à Nab le soin de reconduire le chariot sur le plateau de Grande-vue.

L’ascenseur fut mis en mouvement, et bientôt Harbert était étendu sur sa couchette de Granite-House.

Les soins qui lui furent prodigués le ramenèrent à la vie. Il sourit un instant en se retrouvant dans sa chambre, mais il put à peine murmurer quelques paroles, tant sa faiblesse était grande.

Gédéon Spilett visita ses plaies. Il craignait qu’elles ne se fussent rouvertes, étant imparfaitement cicatrisées… il n’en était rien. D’où venait donc cette prostration ? Pourquoi l’état d’Harbert avait-il empiré ?

Le jeune garçon fut pris alors d’une sorte de sommeil fiévreux, et le reporter et Pencroff demeurèrent près de son lit.

Pendant ce temps, Cyrus Smith mettait Nab au courant de ce qui s’était passé au corral, et Nab racontait à son maître les événements dont le plateau venait d’être le théâtre.

C’était seulement pendant la nuit précédente que les convicts s’étaient montrés sur la lisière de la forêt, aux approches du creek glycérine. Nab, qui veillait près de la basse-cour, n’avait pas hésité à faire feu sur l’un de ces pirates, qui se disposait à traverser le cours d’eau ; mais, dans cette nuit assez obscure, il n’avait pu savoir si ce misérable avait été atteint. En tout cas, cela n’avait pas suffi pour écarter la bande, et Nab n’eut que le temps de remonter à Granite-House, où il se trouva, du moins, en sûreté.

Mais que faire alors ? Comment empêcher les dévastations dont les convicts menaçaient le plateau ? Nab avait-il un moyen de prévenir son maître ? Et d’ailleurs, dans quelle situation se trouvaient eux-mêmes les hôtes du corral ?

Cyrus Smith et ses compagnons étaient partis depuis le 11 novembre, et l’on était au 29. Il y avait donc dix-neuf jours que Nab n’avait eu d’autres nouvelles que celles que Top lui avait apportées, nouvelles désastreuses : Ayrton disparu, Harbert grièvement blessé, l’ingénieur, le reporter, le marin, pour ainsi dire, emprisonnés dans le corral !

Que faire ? se demandait le pauvre Nab. Pour lui personnellement, il n’avait rien à craindre, car les convicts ne pouvaient l’atteindre dans Granite-House.

Mais les constructions, les plantations, tous ces aménagements à la merci des pirates ! Ne convenait-il pas de laisser Cyrus Smith juge de ce qu’il aurait à faire et de le prévenir, au moins, du danger qui le menaçait ?

Nab eut alors la pensée d’employer Jup et de lui confier un billet. Il connaissait l’extrême intelligence de l’orang. Jup comprenait ce mot de corral. L’agile orang saurait bien passer inaperçu dans ces bois. Nab écrivit le billet, il l’attacha au cou de Jup, il amena le singe à la porte de Granite-House, de laquelle il laissa dérouler une longue corde jusqu’à terre ; puis, à plusieurs reprises, il répéta ces mots :

« Jup ! Jup ! Corral ! Corral ! »

L’animal comprit, saisit la corde, se laissa glisser rapidement jusqu’à la grève et disparut dans l’ombre, sans que l’attention des convicts eût été aucunement éveillée.

« Tu as bien fait, Nab, répondit Cyrus Smith, mais, en ne nous prévenant pas, peut-être aurais-tu mieux fait encore ! » Et, en parlant ainsi, Cyrus Smith songeait à Harbert, dont le transport semblait avoir si gravement compromis la convalescence.

Nab acheva son récit. Les convicts ne s’étaient point montrés sur la grève. Ne connaissant pas le nombre des habitants de l’île, ils pouvaient supposer que Granite-House était défendu par une troupe importante.

Mais le plateau de Grande-vue leur était ouvert et n’était point enfilé par les feux de Granite-House. Ils s’y livrèrent donc à leur instinct de déprédation, saccageant, brûlant, faisant le mal pour le mal, et ils ne se retirèrent qu’une demi-heure avant l’arrivée des colons, qu’ils devaient croire encore confinés au corral.

Nab s’était précipité hors de sa retraite. Il était remonté sur le plateau, au risque d’y recevoir quelque balle, il avait essayé d’éteindre l’incendie qui consumait les bâtiments de la basse-cour, et il avait lutté, mais inutilement, contre le feu, jusqu’au moment où le chariot parut sur la lisière du bois.

La présence des convicts constituait une menace permanente pour les colons de l’île Lincoln, jusque-là si heureux, et qui pouvaient s’attendre à de plus grands malheurs encore !

Cyrus Smith, accompagné de Nab, allait juger par lui-même de l’étendue du désastre. C’était une désolation.

Les jours qui suivirent furent les plus tristes que les colons eussent jusqu’alors passés dans l’île ! La faiblesse d’Harbert s’accroissait visiblement et symptômes de délire commencèrent à se manifester. Des tisanes rafraîchissantes, voilà les seuls remèdes qui fussent à la disposition des colons. La fièvre n’était pas encore très forte, mais bientôt elle parut vouloir s’établir par accès réguliers.

« Et pour la couper, dit Gédéon Spilett à Cyrus Smith, il faut un fébrifuge.

– Un fébrifuge !… répondit l’ingénieur. Nous n’avons ni quinquina, ni sulfate de quinine !

– Non, dit Gédéon Spilett, mais il y a des saules sur le bord du lac, et l’écorce de saule peut quelquefois remplacer la quinine.

– Essayons donc sans perdre un instant ! » répondit Cyrus Smith.

Cyrus Smith alla lui-même couper sur le tronc d’une espèce de saule noir quelques morceaux d’écorce ; il les rapporta à Granite-House, il les réduisit en poudre, et cette poudre fut administrée le soir même à Harbert.

La nuit se passa sans incidents graves. Harbert eut quelque délire, mais la fièvre ne reparut pas dans la nuit, et elle ne revint pas davantage le jour suivant.

Pencroff reprit quelque espoir. Gédéon Spilett ne disait rien. Il pouvait se faire que les intermittences ne fussent pas quotidiennes, que la fièvre fût tierce, en un mot, et qu’elle revînt le lendemain. Aussi, ce lendemain, l’attendit-on avec la plus vive anxiété.

On pouvait remarquer, en outre, que, pendant la période apyrexique, Harbert demeurait comme brisé, ayant la tête lourde et facile aux étourdissements. Autre symptôme qui effraya au dernier point le reporter : le foie d’Harbert commençait à se congestionner, et bientôt un délire plus intense démontra que son cerveau se prenait aussi.

Gédéon Spilett fut atterré devant cette nouvelle complication. Il emmena l’ingénieur à part.

« C’est une fièvre pernicieuse ! lui dit-il.

– Une fièvre pernicieuse ! s’écria Cyrus Smith. Vous vous trompez, Spilett. Une fièvre pernicieuse ne se déclare pas spontanément. Il faut en avoir eu le germe !…

– Je ne me trompe pas, répondit le reporter. Harbert aura sans doute contracté ce germe dans les marais de l’île, et cela suffit. Il a déjà éprouvé un premier accès. Si un second accès survient, et si nous ne parvenons pas à empêcher le troisième… il est perdu !…

– Mais cette écorce de saule ?…

– Elle est insuffisante, répondit le reporter, et un troisième accès de fièvre pernicieuse qu’on ne coupe pas au moyen de la quinine est toujours mortel ! »

Heureusement, Pencroff n’avait rien entendu de cette conversation. Il fût devenu fou.

On comprend dans quelles inquiétudes furent l’ingénieur et le reporter pendant cette journée du 7 novembre et pendant la nuit qui la suivit. Vers le milieu de la journée, le second accès se produisit.

La crise fut terrible. Harbert se sentait perdu ! Il tendait ses bras vers Cyrus Smith, vers Spilett, vers Pencroff ! Il ne voulait pas mourir !… cette scène fut déchirante. Il fallut éloigner Pencroff.

L’accès dura cinq heures. Il était évident qu’Harbert n’en supporterait pas un troisième.

La nuit fut affreuse. Dans son délire, Harbert disait des choses qui fendaient le cœur de ses compagnons ! Il divaguait, il luttait contre les convicts, il appelait Ayrton ! Il suppliait cet être mystérieux, ce protecteur, disparu maintenant, et dont l’image l’obsédait… Puis il retombait dans une prostration profonde qui l’anéantissait tout entier… Plusieurs fois, Gédéon Spilett crut que le pauvre garçon était mort !

La journée du lendemain, 8 décembre, ne fut qu’une succession de faiblesses. Les mains amaigries d’Harbert se crispaient à ses draps. On lui avait administré de nouvelles doses d’écorce pilée, mais le reporter n’en attendait plus aucun résultat.

« Si avant demain matin nous ne lui avons pas donné un fébrifuge plus énergique, dit le reporter, Harbert sera mort ! »

La nuit arriva, – la dernière nuit sans doute de cet enfant courageux, bon, intelligent, si supérieur à son âge, et que tous aimaient comme leur fils ! Le seul remède qui existât contre cette terrible fièvre pernicieuse, le seul spécifique qui pût la vaincre, ne se trouvait pas dans l’île Lincoln !

Pendant cette nuit du 8 au 9 décembre, Harbert fut repris d’un délire plus intense. Vivrait-il jusqu’au lendemain, jusqu’à ce troisième accès qui devait immanquablement l’emporter ? Ce n’était plus probable. Ses forces étaient épuisées.

Vers trois heures du matin, Harbert poussa un cri effrayant. Il sembla se tordre dans une suprême convulsion. Nab, qui était près de lui, épouvanté, se précipita dans la chambre voisine, où veillaient ses compagnons !

Top, en ce moment, aboya d’une façon étrange…

Tous rentrèrent aussitôt et parvinrent à maintenir l’enfant mourant, qui voulait se jeter hors de son lit, pendant que Gédéon Spilett, lui prenant le bras, sentait son pouls remonter peu à peu…

Il était cinq heures du matin. Les rayons du soleil levant commençaient à se glisser dans les chambres de Granite-House. Une belle journée s’annonçait, et cette journée allait être la dernière du pauvre Harbert !… un rayon se glissa jusqu’à la table qui était placée près du lit.

Soudain, Pencroff, poussant un cri, montra un objet placé sur cette table…

c’était une petite boîte oblongue, dont le couvercle portait ces mots:

Sulfate de quinine.

CHAPTER 52

The convicts, the dangers threatening Granite House, the ruin on the plateau, none of these were thought of, in the present condition of Herbert. It was impossible to say whether the transportation had occasioned some internal rupture, but his companions were almost hopeless.


The wagon had been taken to the bend of the river, and there the mattress, on which lay the unconscious lad, was placed on a litter of branches, and within a few minutes Herbert was lying on his bed in Granite House. He smiled for a moment on finding himself again in his chamber, and a few words escaped feebly from his lips.

 

 

 

 


Gideon Spilett looked at his wounds, fearing that they might have opened, but the cicatrices were unbroken. What, then, was the cause of this prostration, or why had his condition grown worse?

Soon the lad fell into a feverish sleep, and the reporter and Pencroff watched beside him.

Meantime, Cyrus Smith told Neb of all that had happened at the corral, and Neb told his master of what had passed at the plateau.

It was not until the previous night that the convicts had shown themselves beyond the edge of the forest, near Glycerin Creek. Neb, keeping watch near the poultry-yard, had not hesitated to fire at one of them who was crossing the bridge; but he could not say with what result. At least, it did not disperse the band, and Neb had but just time to climb up into Granite House, where he, at least, would be safe.



But what was the next thing to do? How prevent the threatened devastation to the plateau? How could he inform his master? And, moreover, in what situation were the occupants of the corral?

Cyrus Smith and his companions had gone away on the 11th November and here it was the 29th. In that time all the information that Neb had received was the disastrous news brought by Top. Ayrton gone, Herbert badly wounded, the engineer, the reporter, and the sailor imprisoned in the corral.


The poor Neb asked himself what was to be done. Personally, he had nothing to fear, as the convicts could not get into Granite House.

But the works, the fields, all the improvements, were at the mercy of the pirates. Was it not best to let Cyrus Smith know of the threatened danger?


Then Neb thought of employing Jup on this errand. He knew the intelligence of the orangutan. Jup knew the word “corral.” The agile animal could slip through the woods unperceived. So Neb wrote a note, which he fastened round Jup’s neck, and taking the monkey to the door and unrolling a long cord, he repeated the words:—


“Jup! Jup! To the corral! the corral!”

The animal understood him, and, seizing the cord, slid down to the ground, and disappeared in the darkness.


“You did well, Neb, although not forewarning us perhaps you would have done better!” said Cyrus Smith, thinking of Herbert, and how the carrying him back had been attended with such serious results.

Neb finished his recital. The convicts had not shown themselves upon the beach, doubtless fearing the inhabitants of Granite House, whose number they did not know.


But the plateau was open and unprotected by Granite House. Here, therefore, they gave loose reins to their instinct of depredation and destruction, and they had left but half-an-hour before the colonists returned.

 

Neb had rushed from his retreat, and at the risk of being shot, he had climbed to the plateau and had tried to put out the fire which was destroying the enclosure to the poultry-yard. He was engaged in this work when the others returned.


The presence of the convicts was a constant menace to the colonists, heretofore so happy, and they might expect the most disastrous results from them.

Cyrus Smith, accompanied by Neb, went to see for himself, the extent of the injury done. It was a scene of desolation.

The succeeding days were the saddest which the colonists had passed on the island. Herbert became more and more feeble  and symptoms of delirium began to manifest themselves. Cooling draughts were all the remedies at the disposition of the colonists. Meantime, the fever became intermittent, and it was necessary to check, it before it developed greater strength.

“To do this,” said Gideon Spilett to Cyrus Smith, “we must have a febrifuge.”

“And we have neither cinchonia nor quinine,” answered the engineer.

“No, but we can make a substitute from the bark of the willow trees at the lake.”

“Let us try it immediately,” replied Cyrus Smith.


Cyrus Smith, therefore, cut some pieces of bark from a species of black willow, and, reducing them to powder, this powder was given to Herbert the same evening.


The night passed without incident. Herbert was somewhat delirious, but the fever did not manifest itself.


Pencroff became more hopeful, but Gideon Spilett, who knew that the fever was intermittent, looked forward to the next day with anxiety.



They noticed that during the apyrexy, Herbert seemed completely prostrated, his head heavy, and subject to dizziness. Another alarming symptom was a congestion of the liver, and soon a more marked delirium manifested itself.



Gideon Spilett was overwhelmed by this new complication. He drew the engineer aside and said to him:——

“It is a pernicious fever!”

“A pernicious fever!” cried Smith. “You must be mistaken, Spilett. A pernicious fever never declares itself spontaneously; it must have a germ.”

“I am not mistaken,” replied the reporter. “Herbert may have caught the germ in the marshes. He has already had one attack; if another follows, and we cannot prevent a third—he is lost!”


“But the willow bark? ...”

“Is insufficient. And a third attack of pernicious fever, when one cannot break it by means of quinine, is always mortal!”


Happily Pencroff had not heard this conversation. It would have driven him mad.

Towards noon of the 7th, the second attack manifested itself.

 


The crisis was terrible. Herbert felt that he was lost! He stretched out his arms towards Cyrus Smith, towards Gideon Spilett, towards Pencroff! He did not want to die! The scene was heartrending, and it became necessary to take Pencroff away.

The attack lasted five hours. It was plain that the lad could not support a third.

The night was full of torture. In his delirium, Herbert wrestled with the convicts; he called Ayrton; he supplicated that mysterious being, that protector, who had disappeared but whose image haunted him—then he fell into a profound prostration, and Gideon Spilett, more than once, thought the poor boy was dead!

The next day passed with only a continuation of the lad’s feebleness. His emaciated hands clutched the bed clothing. They continued giving him doses of the willow powder, but the reporter anticipated no result from it.


“If,” said he, “before to-morrow morning we cannot give him a more powerful febrifuge than this, Herbert will die!”

The night came—doubtless the last night for this brave lad, so good, so clever, whom all loved as their own child! The sole remedy against this pernicious fever, the sole specific which could vanquish it, was not to be found on Lincoln Island!


During the night Herbert became frightfully delirious. He recognized no one. It was not even probable that he would live till morning. His strength was exhausted.


 Towards 3 o’clock he uttered a frightful cry. He was seized by a terrible convulsion. Neb, who was beside him, rushed, frightened, into the adjoining chamber, where his companions were watching.

At the same moment Top gave one of his strange barks ...

All returned to the chamber and gathered round the dying lad, who struggled to throw himself from the bed. Gideon Spilett, who held his arms, felt his pulse slowly rising ...


Five o’clock came. The sun’s rays shone into the chambers of Granite House. A beautiful day, the last on earth for poor Herbert, dawned over Lincoln Island. A sunbeam crept on to the table beside the bed.


Suddenly Pencroff, uttering an exclamation, pointed to an object on that table ...

it was a small oblong box, bearing the words:


Sulphate of quinine
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