Mysterious Island         Shipwrecked in the Air         Abandoned         Secret of the Island          

 

 

   PART III

 

   CHAPTER 43

 

   CHAPTER 44

 

   CHAPTER 45

 

   CHAPTER 46

 

   CHAPTER 47

 

   CHAPTER 48

 

   CHAPTER 49

 

   CHAPTER 50

 

   CHAPTER 51

 

   CHAPTER 52

 

   CHAPTER 53

 

   CHAPTER 54

 

   CHAPTER 55

 

   CHAPTER 56

   CHAPTER 57

 

   CHAPTER 58

 

   CHAPTER 59

 

   CHAPTER 60

 

   CHAPTER 61

 

   CHAPTER 62

 

CHAPITRE 57

Les colons, avertis par l’ingénieur, avaient suspendu leurs travaux et considéraient en silence la cime du mont Franklin.

Le volcan s’était donc réveillé, et les vapeurs avaient percé la couche minérale entassée au fond du cratère. Mais les feux souterrains provoqueraient-ils quelque éruption violente ? C’était là une éventualité qu’on ne pouvait prévenir.

Cependant, même en admettant l’hypothèse d’une éruption, il était probable que l’île Lincoln n’en souffrirait pas dans son ensemble. Les épanchements de matières volcaniques ne sont pas toujours désastreux. Déjà l’île avait été soumise à cette épreuve, ainsi qu’en témoignaient les coulées de lave qui zébraient les pentes septentrionales de la montagne. En outre, la forme du cratère, l’égueulement creusé à son bord supérieur devaient projeter les matières vomies à l’opposé des portions fertiles de l’île.

Toutefois, le passé n’engageait pas nécessairement l’avenir. Souvent, à la cime des volcans, d’anciens cratères se ferment et de nouveaux s’ouvrent. Le fait s’est produit dans les deux mondes, à l’Etna, au Popocatepelt, à l’Orizaba, et, la veille d’une éruption, on peut tout craindre. Il suffisait, en somme, d’un tremblement de terre, – phénomène qui accompagne quelquefois les épanchements volcaniques, – pour que la disposition intérieure de la montagne fût modifiée et que de nouvelles voies se frayassent aux laves incandescentes.

Cyrus Smith expliqua ces choses à ses compagnons, et, sans exagérer la situation, il leur en fit connaître le pour et le contre.

Après tout, on n’y pouvait rien. Granite-House, à moins d’un tremblement de terre qui ébranlerait le sol, ne semblait pas devoir être menacée. Mais le corral aurait tout à craindre, si quelque nouveau cratère s’ouvrait dans les parois sud du mont Franklin.

Depuis ce jour, les vapeurs ne cessèrent d’empanacher la cime de la montagne, et l’on put même reconnaître qu’elles gagnaient en hauteur et en épaisseur, sans qu’aucune flamme se mêlât à leurs épaisses volutes. Le phénomène se concentrait encore dans la partie inférieure de la cheminée centrale.

Cependant, avec les beaux jours, les travaux avaient été repris. On pressait le plus possible la construction du navire, et, au moyen de la chute de la grève, Cyrus Smith parvint à établir une scierie hydraulique qui débita plus rapidement les troncs d’arbres en planches et en madriers. Le mécanisme de cet appareil fut aussi simple que ceux qui fonctionnent dans les rustiques scieries de la Norvège. Un premier mouvement horizontal à imprimer à la pièce de bois, un second mouvement vertical à donner à la scie, c’était là tout ce qu’il s’agissait d’obtenir, et l’ingénieur y réussit au moyen d’une roue, de deux cylindres et de poulies, convenablement disposés.

Vers la fin du mois de septembre, la carcasse du navire, qui devait être gréé en goélette, se dressait sur le chantier de construction. La membrure était presque entièrement terminée, et tous ces couples ayant été maintenus par un cintre provisoire, on pouvait déjà apprécier les formes de l’embarcation.

Cette goélette, fine de l’avant, très dégagée dans ses façons d’arrière, serait évidemment propre à une assez longue traversée, le cas échéant ; mais la pose du bordage, du vaigrage intérieur et du pont devait exiger encore un laps considérable de temps.

Fort heureusement, les ferrures de l’ancien brick avaient pu être sauvées après l’explosion sous-marine. Des bordages et des courbes mutilés, Pencroff et Ayrton avaient arraché les chevilles et une grande quantité de clous de cuivre. C’était autant d’économisé pour les forgerons, mais les charpentiers eurent beaucoup à faire.

Les travaux de construction durent être interrompus pendant une semaine pour ceux de la moisson, de la fenaison et la rentrée des diverses récoltes qui abondaient au plateau de Grande-vue. Cette besogne terminée, tous les instants furent désormais consacrés à l’achèvement de la goélette. Lorsque la nuit arrivait, les travailleurs étaient véritablement exténués. Afin de ne point perdre de temps, ils avaient modifié les heures de repas : ils dînaient à midi et ne soupaient que lorsque la lumière du jour venait à leur manquer. Ils remontaient alors à Granite-House, et ils se hâtaient de se coucher. Quelquefois, cependant, la conversation, lorsqu’elle portait sur quelque sujet intéressant, retardait quelque peu l’heure du sommeil. Les colons se laissaient aller à parler de l’avenir, et ils causaient volontiers des changements qu’apporterait à leur situation un voyage de la goélette aux terres les plus rapprochées. Mais au milieu de ces projets dominait toujours la pensée d’un retour ultérieur à l’île Lincoln. Jamais ils n’abandonneraient cette colonie, fondée avec tant de peines et de succès, et à laquelle les communications avec l’Amérique donneraient un développement nouveau.

Pencroff et Nab surtout espéraient bien y finir leurs jours.

« Harbert, disait le marin, vous n’abandonnerez jamais l’île Lincoln ?

– Jamais, Pencroff, et surtout si tu prends le parti d’y rester !
 

– Il est tout pris, mon garçon, répondait Pencroff, je vous attendrai ! Vous me ramènerez votre femme et vos enfants, et je ferai de vos petits de fameux lurons !

– C’est entendu, répliquait Harbert, riant et rougissant à la fois.

– Et vous, Monsieur Cyrus, reprenait Pencroff enthousiasmé, vous serez toujours le gouverneur de l’île ! Ah ça ! Combien pourra-t-elle nourrir d’habitants ? Dix mille, au moins ! »

On causait de la sorte, on laissait aller Pencroff, et, de propos en propos, le reporter finissait par fonder un journal, le new-Lincoln Herald ! ainsi est-il du cœur de l’homme. Le besoin de faire œuvre qui dure, qui lui survive, est le signe de sa supériorité sur tout ce qui vit ici-bas. C’est ce qui a fondé sa domination, et c’est ce qui la justifie dans le monde entier.



Après cela, qui sait si Jup et Top n’avaient pas, eux aussi, leur petit rêve d’avenir ?

Ayrton, silencieux, se disait qu’il voudrait revoir lord Glenarvan et se montrer à tous, réhabilité.

Un soir, le 15 octobre, la conversation, lancée à travers ces hypothèses, s’était prolongée plus que de coutume. Il était neuf heures du soir. Déjà de longs bâillements, mal dissimulés, sonnaient l’heure du repos, et Pencroff venait de se diriger vers son lit, quand le timbre électrique, placé dans la salle, résonna soudain.

Tous étaient là, Cyrus Smith, Gédéon Spilett, Harbert, Ayrton, Pencroff, Nab. Il n’y avait donc aucun des colons au corral.

Cyrus Smith s’était levé. Ses compagnons se regardaient, croyant avoir mal entendu.

« Qu’est-ce que cela veut dire ? s’écria Nab. Est-ce le diable qui sonne ? »

Personne ne répondit.

« Le temps est orageux, fit observer Harbert. L’influence de l’électricité ne peut-elle pas… »

Harbert n’acheva pas sa phrase. L’ingénieur, vers lequel tous les regards étaient tournés, secouait la tête négativement.

« Attendons, dit alors Gédéon Spilett. Si c’est un signal, quel que soit celui qui le fasse, il le renouvellera.

– Mais qui voulez-vous que ce soit ? s’écria Nab.

– Mais, répondit Pencroff, celui qui… »

La phrase du marin fut coupée par un nouveau frémissement du trembleur sur le timbre.

Cyrus Smith se dirigea vers l’appareil et, lançant le courant à travers le fil, il envoya cette demande au corral :

« Que voulez-vous ? » quelques instants plus tard, l’aiguille, se mouvant sur le cadran alphabétique, donnait cette réponse aux hôtes de Granite-House :

« Venez au corral en toute hâte. »

« Enfin ! » s’écria Cyrus Smith.

Oui ! Enfin ! Le mystère allait se dévoiler ! devant cet immense intérêt qui allait les pousser au corral, toute fatigue des colons avait disparu, tout besoin de repos avait cessé. Sans avoir prononcé une parole, en quelques instants, ils avaient quitté Granite-House et se trouvaient sur la grève. Seuls, Jup et Top étaient restés. On pouvait se passer d’eux.

La nuit était noire. La lune, nouvelle ce jour-là même, avait disparu en même temps que le soleil. Ainsi que l’avait fait observer Harbert, de gros nuages orageux formaient une voûte basse et lourde, qui empêchait tout rayonnement d’étoiles. Quelques éclairs de chaleur, reflets d’un orage lointain, illuminaient l’horizon.

Mais l’obscurité, si profonde qu’elle fût, ne pouvait arrêter des gens habitués à cette route du corral. Ils marchaient d’un bon pas, en proie à une émotion très vive. Pour eux, cela ne faisait pas doute, ils allaient apprendre enfin le mot tant cherché de l’énigme, le nom de cet être mystérieux, si profondément entré dans leur vie, si généreux dans son influence, si puissant dans son action !

Ne fallait-il pas, en effet, que cet inconnu eût été mêlé à leur existence, qu’il en connût les moindres détails, qu’il entendît tout ce qui se disait à Granite-House, pour avoir pu toujours agir à point nommé ? Chacun, abîmé dans ses réflexions, pressait le pas. Sous cette voûte d’arbres, l’obscurité était telle que la lisière de la route ne se voyait même pas. Aucun bruit, d’ailleurs, dans la forêt. Quadrupèdes et oiseaux, influencés par la lourdeur de l’atmosphère, étaient immobiles et silencieux. Nul souffle n’agitait les feuilles. Seul, le pas des colons résonnait, dans l’ombre, sur le sol durci.

Le silence, pendant le premier quart d’heure de marche, ne fut interrompu que par cette observation de Pencroff :

« Nous aurions dû prendre un fanal. »

Et par cette réponse de l’ingénieur :

« Nous en trouverons un au corral. »

Cyrus Smith et ses compagnons avaient quitté Granite-House à neuf heures douze minutes. À neuf heures quarante-sept, ils avaient franchi une distance de trois milles sur les cinq qui séparaient l’embouchure de la Mercy du corral.

En ce moment, de grands éclairs blanchâtres s’épanouissaient au-dessus de l’île et dessinaient en noir les découpures du feuillage. Ces éclats intenses éblouissaient et aveuglaient. L’orage, évidemment, ne pouvait tarder à se déchaîner. Les éclairs devinrent peu à peu plus rapides et plus lumineux. Des grondements lointains roulaient dans les profondeurs du ciel. L’atmosphère était étouffante.

Les colons allaient, comme s’ils eussent été poussés en avant par quelque irrésistible force.

À neuf heures un quart, un vif éclair leur montrait l’enceinte palissadée, et ils n’avaient pas franchi la porte, que le tonnerre éclatait avec une formidable violence.

En un instant, le corral était traversé, et Cyrus Smith se trouvait devant l’habitation.

Il était possible que la maison fût occupée par l’inconnu, puisque c’était de la maison même que le télégramme avait dû partir. Toutefois, aucune lumière n’en éclairait la fenêtre.

L’ingénieur frappa à la porte. Pas de réponse.


Cyrus Smith ouvrit la porte, et les colons entrèrent dans la chambre, qui était profondément obscure. Un coup de briquet fut donné par Nab, et, un instant après, le fanal était allumé et promené à tous les coins de la chambre.

Il n’y avait personne. Les choses étaient dans l’état où on les avait laissées.

« Avons-nous été dupes d’une illusion ? » murmura Cyrus Smith.

Non ! Ce n’était pas possible ! Le télégramme avait bien dit : « Venez au corral en toute hâte. »

On s’approcha de la table qui était spécialement affectée au service du fil. Tout y était en place, la pile et la boîte qui la contenait, ainsi que l’appareil récepteur et transmetteur.

« Qui est venu pour la dernière fois ici ? demanda l’ingénieur.

– Moi, Monsieur Smith, répondit Ayrton.

– Et c’était ?…

– Il y a quatre jours.

– Ah ! Une notice ! » s’écria Harbert, qui montra un papier déposé sur la table.

Sur ce papier étaient écrits ces mots, en anglais : « Suivez le nouveau fil. »

« En route ! » s’écria Cyrus Smith, qui comprit que la dépêche n’était pas partie du corral, mais bien de la retraite mystérieuse qu’un fil supplémentaire, raccordé à l’ancien, réunissait directement à Granite-House.

Nab prit le fanal allumé, et tous quittèrent le corral.

L’orage se déchaînait alors avec une extrême violence. L’intervalle qui séparait chaque éclair de chaque coup de tonnerre diminuait sensiblement. Le météore allait bientôt dominer le mont Franklin et l’île entière. À l’éclat des lueurs intermittentes, on pouvait voir le sommet du volcan empanaché de vapeurs.

Il n’y avait, dans toute la portion du corral qui séparait la maison de l’enceinte palissadée, aucune communication télégraphique. Mais, après avoir franchi la porte, l’ingénieur, courant droit au premier poteau, vit à la lueur d’un éclair qu’un nouveau fil retombait de l’isoloir jusqu’à terre.

« Le voilà ! » dit-il.

Ce fil traînait sur le sol, mais sur toute sa longueur il était entouré d’une substance isolante, comme l’est un câble sous-marin, ce qui assurait la libre transmission des courants. Par sa direction, il semblait s’engager à travers les bois et les contreforts méridionaux de la montagne, et, conséquemment, il courait vers l’ouest.

« Suivons-le ! » dit Cyrus Smith.

Et tantôt à la lueur du fanal, tantôt au milieu des fulgurations de la foudre, les colons se lancèrent sur la voie tracée par le fil.

Les roulements du tonnerre étaient continus alors, et leur violence telle, qu’aucune parole n’eût pu être entendue. D’ailleurs, il ne s’agissait pas de parler, mais d’aller en avant. Cyrus Smith et les siens gravirent d’abord le contrefort dressé entre la vallée du corral et celle de la rivière de la chute, qu’ils traversèrent dans sa partie la plus étroite. Le fil, tantôt tendu sur les basses branches des arbres, tantôt se déroulant à terre, les guidait sûrement. L’ingénieur avait supposé que ce fil s’arrêterait peut-être au fond de la vallée, et que là serait la retraite inconnue.

Il n’en fut rien. Il fallut remonter le contrefort du sud-ouest et redescendre sur ce plateau aride que terminait cette muraille de basaltes si étrangement amoncelés. De temps en temps, l’un ou l’autre des colons se baissait, tâtait le fil de la main et rectifiait la direction au besoin. Mais il n’était plus douteux que ce fil courût directement à la mer.

Là, sans doute, dans quelque profondeur des roches ignées, se creusait la demeure si vainement cherchée jusqu’alors. Le ciel était en feu. Un éclair n’attendait pas l’autre. Plusieurs frappaient la cime du volcan et se précipitaient dans le cratère au milieu de l’épaisse fumée. On eût pu croire, par instants, que le mont projetait des flammes.

À dix heures moins quelques minutes, les colons étaient arrivés sur la haute lisière qui dominait l’océan à l’ouest. Le vent s’était levé. Le ressac mugissait à cinq cents pieds plus bas. À ce point, le fil s’engageait au milieu des roches, en suivant la pente assez raide d’un ravin étroit et capricieusement tracé.

Les colons s’y engagèrent, au risque de provoquer quelque éboulement de rocs mal équilibrés et d’être précipités dans la mer. La descente était extrêmement périlleuse, mais ils ne comptaient pas avec le danger, ils n’étaient plus maîtres d’eux-mêmes, et une irrésistible attraction les attirait vers ce point mystérieux, comme l’aimant attire le fer.

Enfin, le fil, faisant un angle brusque, toucha les roches du littoral, véritable semis d’écueils que les grandes marées devaient battre. Les colons avaient atteint la limite inférieure de la muraille basaltique.

Là se développait un étroit épaulement qui courait horizontalement et parallèlement à la mer. Le fil le suivait, et les colons s’y engagèrent. Ils n’avaient pas fait cent pas, que l’épaulement, s’inclinant par une pente modérée, arrivait ainsi au niveau même des lames.

L’ingénieur saisit le fil, et il vit qu’il s’enfonçait dans la mer. Ses compagnons, arrêtés près de lui, étaient stupéfaits. Un cri de désappointement, presque un cri de désespoir, leur échappa ! Faudrait-il donc se précipiter sous ces eaux et y chercher quelque caverne sous-marine ? Dans l’état de surexcitation morale et physique où ils se trouvaient, ils n’eussent pas hésité à le faire. Une réflexion de l’ingénieur les arrêta. Cyrus Smith conduisit ses compagnons sous une anfractuosité des roches, et là : « Attendons, dit-il. La mer est haute. À mer basse, le chemin sera ouvert.

– Mais qui peut vous faire croire… ? demanda Pencroff.

– Il ne nous aurait pas appelés, si les moyens devaient manquer pour arriver jusqu’à lui ! »

Cyrus Smith avait parlé avec un tel accent de conviction, qu’aucune objection ne fut soulevée. Son observation, d’ailleurs, était logique. Il fallait admettre qu’une ouverture, praticable à mer basse, que le flot obstruait en ce moment, s’ouvrait au pied de la muraille.

C’étaient quelques heures à attendre. Les colons restèrent donc silencieusement blottis sous une sorte de portique profond, creusé dans la roche. La pluie commençait alors à tomber, et ce fut bientôt en torrents que se condensèrent les nuages déchirés par la foudre. Les échos répercutaient le fracas du tonnerre et lui donnaient une sonorité grandiose.

À minuit, Cyrus Smith, emportant le fanal, descendit jusqu’au niveau de la grève afin d’observer la disposition des roches. Il y avait déjà deux heures de mer baissée.

L’ingénieur ne s’était pas trompé. La voussure d’une vaste excavation commençait à se dessiner au-dessus des eaux. Là, le fil, se coudant à angle droit, pénétrait dans cette gueule béante.

Cyrus Smith revint près de ses compagnons et leur dit simplement: « Dans une heure, l’ouverture sera praticable.

– Elle existe donc ? demanda Pencroff.

– En avez-vous douté ? répondit Cyrus Smith.

– Mais cette caverne sera remplie d’eau jusqu’à une certaine hauteur, fit observer Harbert.

– Ou cette caverne assèche complètement, répondit Cyrus Smith, et dans ce cas nous la parcourrons à pied, ou elle n’assèche pas, et un moyen quelconque de transport sera mis à notre disposition. »

Une heure s’écoula. Tous descendirent sous la pluie au niveau de la mer. En trois heures, la marée avait baissé de quinze pieds. Le sommet de l’arc tracé par la voussure dominait son niveau de huit pieds au moins. C’était comme l’arche d’un pont, sous laquelle passaient les eaux, mêlées d’écume.

En se penchant, l’ingénieur vit un objet noir qui flottait à la surface de la mer. Il l’attira à lui. C’était un canot, amarré par une corde à quelque saillie intérieure de la paroi. Ce canot était fait en tôle boulonnée. Deux avirons étaient au fond, sous les bancs.

« Embarquons », dit Cyrus Smith.

Un instant après, les colons étaient dans le canot. Nab et Ayrton s’étaient mis aux avirons, Pencroff au gouvernail. Cyrus Smith à l’avant, le fanal posé sur l’étrave, éclairait la marche.

La voûte, très surbaissée, sous laquelle le canot passa d’abord, se relevait brusquement ; mais l’obscurité était trop profonde, et la lumière du fanal trop insuffisante, pour que l’on pût reconnaître l’étendue de cette caverne, sa largeur, sa hauteur, sa profondeur. Au milieu de cette substruction basaltique régnait un silence imposant. Nul bruit du dehors n’y pénétrait, et les éclats de la foudre ne pouvaient percer ses épaisses parois.

Il existe en quelques parties du globe de ces cavernes immenses, sortes de cryptes naturelles qui datent de son époque géologique. Les unes sont envahies par les eaux de la mer ; d’autres contiennent des lacs entiers dans leurs flancs.

Telle la grotte de Fingal, dans l’île de Staffa, l’une des Hébrides, telles les grottes de Morgat, sur la baie de Douarnenez, en Bretagne, les grottes de Bonifacio, en Corse, celles du Lyse-fjord, en Norvège, telle l’immense caverne du mammouth, dans le Kentucky, haute de cinq cents pieds et longue de plus de vingt milles !

Quant à cette caverne que les colons exploraient alors, s’étendait-elle donc jusqu’au centre de l’île ? Depuis un quart d’heure, le canot s’avançait en faisant des détours que l’ingénieur indiquait à Pencroff d’une voix brève, quand, à un certain moment : « Plus à droite ! » commanda-t-il.

L’embarcation, modifiant sa direction, vint aussitôt ranger la paroi de droite. L’ingénieur voulait, avec raison, reconnaître si le fil courait toujours le long de cette paroi.

Le fil était là, accroché aux saillies du roc.

« En avant ! » dit Cyrus Smith.

Et les deux avirons, plongeant dans les eaux noires, enlevèrent l’embarcation. Le canot marcha pendant un quart d’heure encore, et, depuis l’ouverture de la caverne, il devait avoir franchi une distance d’un demi-mille, lorsque la voix de Cyrus Smith se fit entendre de nouveau. « Arrêtez ! » dit-il.

Le canot s’arrêta, et les colons aperçurent une vive lumière qui illuminait l’énorme crypte, si profondément creusée dans les entrailles de l’île.

Il fut alors possible d’examiner cette caverne, dont rien n’avait pu faire soupçonner l’existence.

À une hauteur de cent pieds s’arrondissait une voûte, supportée sur des fûts de basalte qui semblaient avoir tous été fondus dans le même moule. Des retombées irrégulières, des nervures capricieuses s’appuyaient sur ces colonnes que la nature avait dressées par milliers aux premières époques de la formation du globe. Les tronçons basaltiques, emboîtés l’un dans l’autre, mesuraient quarante à cinquante pieds de hauteur, et l’eau, paisible malgré les agitations du dehors, venait en baigner la base. L’éclat du foyer de lumière, signalé par l’ingénieur, saisissant chaque arête prismatique et les piquant de pointes de feux, pénétrait pour ainsi dire les parois comme si elles eussent été diaphanes et changeait en autant de cabochons étincelants les moindres saillies de cette substruction.

L’eau reproduisait ces divers éclats à sa surface, de telle sorte que le canot semblait flotter entre deux zones scintillantes.

Il n’y avait pas à se tromper sur la nature de l’irradiation projetée par le centre lumineux dont les rayons, nets et rectilignes, se brisaient à tous les angles, à toutes les nervures de la crypte.

Cette lumière provenait d’une source électrique, et sa couleur blanche en trahissait l’origine. C’était là le soleil de cette caverne.

Sur un signe de Cyrus Smith, les avirons retombèrent en faisant jaillir une véritable pluie d’escarboucles, et le canot se dirigea vers le foyer lumineux, dont il ne fut bientôt plus qu’à une demi-encablure.

En cet endroit, la largeur de la nappe d’eau mesurait environ trois cent cinquante pieds, et l’on pouvait apercevoir, au delà du centre éblouissant, un énorme mur basaltique qui fermait toute issue de ce côté.

La caverne s’était donc considérablement élargie, et la mer y formait un petit lac.

La voûte, les parois latérales, la muraille du chevet, tous ces prismes, tous ces cylindres, tous ces cônes étaient baignés dans le fluide électrique

Au centre du lac, un long objet fusiforme flottait à la surface des eaux, silencieux, immobile.

L’éclat qui en sortait s’échappait de ses flancs, comme de deux gueules de four qui eussent été chauffées au blanc soudant. Cet appareil, semblable au corps d’un énorme cétacé, était long de deux cent cinquante pieds environ et s’élevait de dix à douze pieds au-dessus du niveau de la mer.

Le canot s’en approcha lentement. À l’avant, Cyrus Smith s’était levé. Il regardait, en proie à une violente agitation. Puis, tout à coup, saisissant le bras du reporter :

« Mais c’est lui ! Ce ne peut être que lui ! s’écria-t-il, lui !… »

Puis, il retomba sur son banc, en murmurant un nom que Gédéon Spilett fut seul à entendre.

Sans doute, le reporter connaissait ce nom, car cela fit sur lui un prodigieux effet, et il répondit d’une voix sourde :

« Lui ! Un homme hors la loi !

– Lui ! » dit Cyrus Smith.

Sur l’ordre de l’ingénieur, le canot s’approcha de ce singulier appareil flottant. Le canot accosta la hanche gauche, de laquelle s’échappait un faisceau de lumière à travers une épaisse vitre.

Cyrus Smith et ses compagnons montèrent sur la plate-forme. Un capot béant était là. Tous s’élancèrent par l’ouverture. Au bas de l’échelle se dessinait une coursive intérieure, éclairée électriquement. À l’extrémité de cette coursive s’ouvrait une porte que Cyrus Smith poussa.

Une salle richement ornée, que traversèrent rapidement les colons, confinait à une bibliothèque, dans laquelle un plafond lumineux versait un torrent de lumière. Au fond de la bibliothèque, une large porte, fermée également, fut ouverte par l’ingénieur.

Un vaste salon, sorte de musée où étaient entassées, avec tous les trésors de la nature minérale, des œuvres de l’art, des merveilles de l’industrie, apparut aux yeux des colons, qui durent se croire féeriquement transportés dans le monde des rêves.

Étendu sur un riche divan, ils virent un homme qui ne sembla pas s’apercevoir de leur présence.

Alors Cyrus Smith éleva la voix, et, à l’extrême surprise de ses compagnons, il prononça ces paroles :

« Capitaine Nemo, vous nous avez demandés ? Nous voici. »

CHAPTER 57

The colonists, called by Smith, had left their work, and gazed in silence at the summit of Mount Franklin.

The volcano had certainly awakened, and its vapors had penetrated the mineral matter of the crater, but no one could say whether the subterranean fires would bring on a violent eruption.

But, even supposing an eruption, it was not likely that Lincoln Island would suffer in every part. The discharges of volcanic matter are not always disastrous. That the island had already been subjected to an eruption was evident from the currents of lava spread over the western slope of the mountain. Moreover, the shape of the crater was such as to vomit matter in the direction away from the fertile parts of the island.

 

Nevertheless, what had been was no proof of what would be. Often the old craters of volcanoes close and new ones open. An earthquake phenomenon, often accompanying volcanic action, may do this by changing the interior arrangement of the mountain and opening new passages for the incandescent lavas.

 

 

Cyrus Smith explained these things to his companions, and without exaggerating the situation, showed them just what might happen.

After all, they could do nothing. Granite House did not seem to be menaced, unless by a severe earthquake. But all feared for the corral, if any new crater opened in the mountain.



From this time the vapor poured from the cone without cessation, and, indeed, increased in density and volume, although no flame penetrated its thick folds. The phenomenon was confined, as yet, to the lower part of the central chimney.



Meanwhile, with good weather, the work out of doors had been resumed. They hastened the construction of the ship, and Smith established a saw-mill at the waterfall, which cut the timber much more rapidly.









Towards the end of September the frame of the ship, which was to be schooner-rigged, was so far completed that its shape could be recognized. The schooner, sheer forward and wide aft, was well adapted for a long voyage, in case of necessity, but the planking, lining, and decking still demanded a long time before they could be finished.

 

 

 

Fortunately, the iron-work of the brig had been saved after the explosion, and Pencroff and Ayrton had obtained a great quantity of copper nails from the broken timber, which economized the labor for the smiths; nevertheless the carpenters had much to accomplish.

 

Often, however, after the day’s work was ended, the colonists sat late into the night, conversing together of the future and what might happen in a voyage in the schooner to the nearest land. But in discussing these projects they always planned to return to Lincoln Island. Never would they abandon this colony, established with so much difficulty, but so successfully, and which would receive a new development through communication with America.

 

 

 

 

 

 

 


Pencroff and Neb, indeed, hoped to end their days here.

“Herbert,” asked the sailor, “you would never abandon Lincoln Island?”

“Never, Pencroff, especially if you made up your mind to remain.”

“Then, it’s agreed, my boy. I shall expect you! You will bring your wife and children here, and I will make a jolly playmate for the babies!”

“Agreed,” answered Herbert, laughing and blushing at the same time.

“And you, Mr. Smith,” continued the sailor, enthusiastically, “you will always remain governor of the island! And, by the way, how many inhabitants can the island support? Ten thousand, at the very least!”

They chatted in this way, letting Pencroff indulge in his whims, and one thing leading to another, the reporter finished by founding the New Lincoln Herald! Thus it is with the spirit of man. The need of doing something permanent, something which will survive him, is the sign of his superiority over everything here below. It is that which has established and justifies his domination over the whole world.

After all, who knows if Jup and Top had not their dream of the future?

Ayrton, silent, said to himself that he wanted to see Lord Glenarvan, and show him the change in himself.

One evening, the 15th of October, the conversation was prolonged longer than usual. It was 9 o’clock, and already, long, ill-concealed yawns showed that it was bed-time. Pencroff was about starting in that direction, when, suddenly, the electric bell in the hall rang.


Every one was present, so none of their party could be at the corral.

Smith rose. His companions looked as if they had not heard aright.

“What does he want?” cried Neb. “Is it the devil that’s ringing?”

No one replied.

“It is stormy weather,” said Herbert; “perhaps the electric interference ...”

Herbert did not finish the sentence. The engineer, towards whom all were looking, shook his head.

“Wait a minute,” said Gideon Spilett. “If it is a signal, it will be repeated.”

“But what do you think it is?” asked Neb.

“Perhaps it ...”

The sailor’s words were interrupted by another ring.


Cyrus Smith went to the apparatus, and, turning on the current, telegraphed to the corral:

“What do you want?” A few minutes later the needle, moving over the lettered card, gave this answer to the inhabitants of Granite House:

“Come to the corral as quickly as possible.”

“At last!” cried Smith.

Yes! At last! The mystery was about to be solved! Before the strong interest in what was at the corral, all fatigue and need of repose vanished. Without saying a word, in a few minutes they were out of Granite House and following the shore. Only Top and Jup remained behind.


The night was dark. The moon, new this day, had set with the sun. Heavy clouds obscured the stars, but now and then heat-lightning, the reflection of a distant storm, illuminated the horizon.



But, great as the darkness was, it could not hinder persons as familiar with the route as were the colonists. All were very much excited, and walked rapidly. There could be no doubt that they were going to find the answer to the enigma, the name of that mysterious being, who was so generous in his influence, so powerful to accomplish!

It could not be doubted that this unknown had been familiar with the least detail of their daily lives, that he overheard all that was said in Granite House. Each one, lost in his reflections, hurried onward. The darkness under the trees was such that the route was invisible. There was no sound in the forest. Not a breath of wind moved the leaves.






This silence during the first quarter of an hour was uninterrupted, save by Pencroff, who said:

“We should have brought a lantern.”

And by the engineer’s answer:

“We will find one at the corral.”

Cyrus Smith and his companions had left Granite House at twelve minutes past 9. In thirty-five minutes they had traversed three of the five miles between the mouth of the Mercy and the corral.

Just then, brilliant flashes of lightning threw the foliage into strong relief. The storm was evidently about to burst upon them. The flashes became more frequent and intense. Heavy thunder rolled through the heavens. The air was stifling.




The colonists rushed on, as if impelled by some irresistible force.

At a quarter past 9, a sudden flash showed them the outline of the palisade; and scarcely had they passed the gateway when there came a terrible clap of thunder.

In a moment the corral was crossed, and Cyrus Smith stood before the house.

It was possible that the unknown being was here, since it was from this place that the telegraph had come. Nevertheless, there was no light in the window.

The engineer knocked at the door, but without response.

Cyrus Smith opened the door and the colonists entered the room, which was in utter darkness. A light was struck by Neb, and in a moment the lantern was lit, and its light directed into every corner of the chamber.

No one was there, and everything remained undisturbed.


“Are we victims to a delusion?” murmured Cyrus Smith.


No! that was impossible! The telegraph had certainly said: “Come to the corral quickly as possible.”

He went to the table on which the apparatus was arranged. Everything was in place and in order.



“Who was here last?” asked the engineer.

“I, sir,” answered Ayrton.

“And that was? ...”

“Four days ago.”

“Ah! here is something!” exclaimed Herbert, pointing to a paper lying on the table.

On the paper were these words, written in English: “Follow the new wire.”

“Come on!” cried Smith, who comprehended in a moment that the dispatch had not been sent from the corral, but from the mysterious abode which the new wire united directly with Granite House.

Neb took the lantern and all left the corral.

Then the storm broke forth with extreme violence. Flashes of lightning and peals of thunder followed in rapid succession. The island was the centre of the storm. By the flashes of lightning they could see the summit of Mount Franklin enshrouded in smoke.

There were no telegraph poles inside the corral, but the engineer, having passed the gate, ran to the nearest post, and saw there a new wire fastened to the insulator, and reaching to the ground.


“Here it is!” he cried.

The wire lay along the ground, and was covered with some insulating substance, like the submarine cables. By its direction it seemed as if it went towards the west, across the woods, and the southern spurs of the mountain.

“Let us follow it,” said Cyrus Smith.



And sometimes by the light of the lantern, sometimes by the illumination of the heavens, the colonists followed the way indicated by the thread.

They crossed in the first place, the spur of the mountain between the valley of the corral and that of Fall River, which stream was crossed in its narrowest part. The wire, sometimes hanging on the lower branches of the trees, sometimes trailing along the ground, was a sure guide. The engineer had thought that, perhaps, the wire would end at the bottom of the valley, and that the unknown retreat was there.




But not so. It extended over the southwestern spur and descended to the arid plateau which ended that fantastic wall of basalt. Every now and then one or other of the party stooped and took the direction of the wire. There could be no doubt that it ran directly to the sea.


There, doubtless, in some profound chasm in the igneous rocks, was the dwelling so vainly sought for until now.





At a few minutes before 10, the colonists arrived upon the high coast overhanging the ocean. Here the wire wound among the rocks, following a steep slope down a narrow ravine.



The colonists followed it, at the risk of bringing down upon themselves a shower of rocks or of being precipitated into the sea. The descent was extremely perilous, but they thought not of the danger; they were attracted to this mysterious place as the needle is drawn to the magnet.


At length, the wire making a sudden turn, touched the shore rocks, which were beaten by the sea. The colonists had reached the base of the granite wall


Here there was a narrow projection running parallel and horizontal to the sea. The thread led along this point, and the colonists followed. They had not proceeded more than a hundred paces, when this projection, by a south inclination, sloped down into the water.

The engineer seized the wire and saw that it led down into the sea. His companions stood, stupefied, beside him. Then a cry of disappointment, almost of despair, escaped them! Must they throw themselves into the water and search some submarine cavern? In their present state of excitement, they would not have hesitated to have done it. Cyrus Smiths' observation stopped them. He led his companions to the shelter of a pile of rocks and said: “Let us wait here. The tide is up. At low water the road will be open.”


“But how do you think—” began Pencroff.

“He would not have called us, unless the means of reaching him had been provided.”

Cyrus Smith had spoken with an air of conviction, and, moreover, his observation was logical. It was, indeed, quite possible that an opening existed at low water which was covered at present.


It was necessary to wait some hours. The colonists rested in silence under their shelter. The rain began to fall in torrents. The echoes repeated the roaring of the thunder in sonorous reverberations.

 

At midnight Cyrus Smith took the lantern and went down to the water’s edge. It was still two hours before low tide.


The engineer had not been mistaken. The entrance to a vast excavation began to be visible, and the wire, turning at a right angle, entered this yawning mouth.


Cyrus Smith returned to his companions and said: “In an hour the opening will be accessible.”

“Then there is one,” said Pencroff.

“Do you doubt it?” replied Cyrus Smith.

“But it will be half full of water,” said Herbert.


“Either it will be perfectly dry,” answered the engineer, “in which case we will walk, or it will not be dry, and some means of transport will be furnished us.”


An hour passed. All went down through the rain to the sea. In these hours the tide had fallen fifteen feet. The top of the mouth of the opening rose eight feet above the water, like the arch of a bridge.


Looking in, the engineer saw a black object floating on the surface. He drew it toward him. It was a canoe made of sheet-iron bolted together. It was tied to a projecting rock inside the cavern wall. A pair of oars were under the seats.


“Get in,” said Cyrus Smith.

The colonists entered the boat, Neb and Ayrton took the oars, Pencroff the tiller, and Cyrus Smith, in the bows holding the lantern, lit the way.


The vault, at first very low, rose suddenly; but the darkness was too great for them to recognize the size of this cavern, its height and depth. An imposing silence reigned throughout this granite chamber. No sound, not even the pealing of the thunder penetrated its massive walls.




In certain parts of the world there are immense caves, a sort of natural crypts which date back to the geologic epoch. Some are invaded by the sea; others contain large lakes within their walls.

Such is Fingal’s Cave, in the Island of Staffa; such are the caves of Morgat on the Bay of Douarnenez in Brittany; the caves of Bonifacio, in Corsica; those of Lyse-Fjord, in Norway; such is that immense cavern, the Mammoth Cave of Kentucky, which is 500 feet high and more than twenty miles long!

As to this cavern which the colonists were exploring, did it not reach to the very centre of the island? For a quarter of an hour the canoe advanced under the directions of the engineer. At a certain moment he said: “Go over to the right.”


The canoe, taking this direction, brought up beside the wall. The engineer wished to observe whether the wire continued along this side.

It was there fastened to the rock.

“Forward!” said Cyrus Smith.

The canoe kept on a quarter of an hour longer, and it must have been half a mile from the entrance, when Smith’s voice was heard again. “Stop!” he exclaimed.



The canoe stopped, and the colonists saw a brilliant light illuminating the enormous crypt, so profoundly hidden in the bowels of the earth.

They were now enabled to examine this cavern whose existence they did not suspect.

A vault, supported on basaltic shafts, which might all have been cast in the same mould, rose to a height of 100 feet. Fantastic arches sprung at irregular intervals from these columns, which nature had placed here by thousands. They rose to a height of forty or fifty feet, and the water, in despite of the tumult without, quietly lapped their base. The light noticed by the engineer seized upon each prismatic point and tipped it with fire; penetrated, so to speak, the walls as if they had been diaphanous, and changed into sparkling jewels the least projections of the cavern.





The water reflected these different lights upon its surface, so that the canoe seemed to float between two sparkling zones.

They had not yet thought of the nature of irradiation projected by the luminous centre whose rays, straight and clear, were broken on all the angles and moldings of the crypt.


The white color of this light betrayed its origin. It was electric. It was the sun of this cavern.


On a signal from Cyrus Smith, the oars fell again into the water, and the canoe proceeded towards the luminous fire, which was half a cable’s length distant.


In this place, the sheet of water measured some 300 feet across, and an enormous basaltic wall, closing all that side, was visible beyond the luminous centre.


The cavern had become much enlarged, and the sea here formed a little lake.

The vault, the side walls, and those of the apsis, all the prisms, cylinders, cones, were bathed in the electric light.


In the centre of the lake a long fusiform object floated on the surface of the water, silent, motionless.

The light escaped from its sides as from two ovens heated to a white heat. This submarine, looking like the body of an enormous whale, was 250 feet long, and rose ten to twelve feet above the water.


The canoe approached softly. On its bow stood Cyrus Smith. He was greatly excited. Suddenly he seized the arm of the reporter.

“It is he! It can be no other than he.” he cried. “He! ...”

Then he fell back upon the seat murmuring a name which Spilett alone heard.

Doubtless the reporter knew this name, for it affected him strangely, and he answered in a hoarse voice:

“He! a terrorist!”

“The same!” said Cyrus Smith.

Under the engineer’s direction the canoe approached the submarine, and came up to it on its left side, from which escaped a gleam of light through a thick glass.


Cyrus Smith and his companions stepped on to the platform. An open hatchway was there, down which all descended. At the bottom of the ladder appeared the waist of the vessel lit up by electric light. At the end of the waist was a door, which Cyrus Smith pushed open.

A richly ornamented library, flooded with light, was rapidly crossed by the colonists. Beyond, a large door, also closed, was open by the engineer.



A vast saloon, a sort of museum, in which were arranged all the treasures of the mineral world, works of art, marvels of industry, appeared before the eyes of the colonists, who seemed to be transported to the land of dreams.


Extended upon a rich sofa they saw a man, who seemed unaware of their presence.

Then Cyrus Smith raised his voice, and, to the extreme surprise of his companions, pronounced these words:

“Captain Nemo, you have called us. Here we are.’